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Conférence Rio +20

‘Le Brésil peut éviter la catastrophe’

por Gianni Carta publicado 16/06/2012 07h09, última modificação 16/06/2012 12h49
Pour le négociateur français Pierre Calame, le pays doit faire la différence
Calame

Mains liées, les Etats-Unis et l’Europe ne sont pas en mesure de proposer des changements, dit Calame

La conférence de l'ONU Rio +20,qui aura lieu du 20 au 22 juin 2012, pourrait soit être un échec, soit entrer dans l'histoire. À Eco-92, également tenue à Rio de Janeiro il ya 20 ans, la notion de développement durable a eu des répercussions. Mais Pierre Calame, l’auteur de « Sauvons la Démocratie! Lettre ouverte aux femmes et hommes politiques de notre temps » (Éditions Charles Léopold Mayer, 2012, 127 pages), dit: «Nous marchons sur le sens commun, vers la durabilité, mais à l'intérieur d'un train, celui du développement, qui glisse dix fois plus rapidement dans la direction opposée ». Calame, président de la Fondation Charles Mayer pour le Progrès de l’Homme, sait bien ce qu’il dit. Pour lui, la Déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948 est datée. A Rio +20, il va présenter la Charte des Responsabilités Universelles. Le texte va au-delà des intérêts souverains, c’est un troisième pilier pour que les pays assument leur responsabilité «dans un monde interdépendant», a déclaré Calame. «Le Brésil ne peut pas adopter la Charte parce qu'il s'agit d'une décision de l'Assemblée Générale des Nations Unies, mais il peut la mettre sur la table.» Dans ce cas-là le pays entrerait dans l'histoire. S’il ne fait pas cela, Rio +20 serait une fois de plus une conférence sur l'environnement vouée à l'échec.
CartaCapital : Etes-vous optimiste pour le sommet Rio + 20 ? Que peut-on y attendre ?

Pierre Calame : On est en train de vivre un moment tragique de l’histoire. Quand on est venu avec Michel Rocard (ex-Premier Ministre socialiste et ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux Pôles Arctique et Antarctique) l’année dernière au Brésil c’était en attitude suppliante. C’est-à-dire, l’échec est programmé. Et le gouvernement brésilien est le seul à pouvoir éviter cette catastrophe.

CC : Pourquoi le gouvernement brésilien ?

PC : Parce que premièrement, si vous voulez, le Brésil n’est pas historiquement dans le camp des dominants. Pour les raisons historiques ce n’est pas à nous (les pays développés) de prendre l’initiative d’une Charte de Responsabilité Universelle. Ça va être instantanément interprété comme un acte occidental, parce que ce qui existe de la communauté internationale, clairement, est notre héritage. Donc il est important, en gros, que cela ne vienne pas des vainqueurs de la Deuxième Guerre Mondiale. Dans une gouvernance comme celle-ci le Brésil a deux atouts considérables. D’une part le pays ne possède pas l’arme nucléaire, et d’autre part il fait partie des grands pays émergeants et appartient au monde multipolaire. Deuxièmement le Brésil a bien traversé la crise alors que l’Europe est complètement prisonnière du débat sur la Grèce, l’Euro, etc. Les américains sont polarisés sur la réélection d’Obama, dans un pays où l’extrême droite dit que la responsabilité du changement climatique est un complot communiste contre la démocratie américaine. Et les chinois qui auraient pu être intéressants sont pris dans leur congrès où il n’est pas question de changement climatique.

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CC : Donc il reste le Brésil…

PC : Le Brésil ne peut pas adopter la Charte de Responsabilité Universelle parce que ça, c’est une demande de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Mais le Brésil peut la mettre sur la table en disant : «Ça suffit de  dire que les engagements ne sont pas tenus, qu’on signe des traités qu’on ne respecte pas, que les acteurs sont irresponsables. Créons des conditions de responsabilité, créons des conditions de responsabilités internationales, créons la responsabilité des pays riches et non tout autre discours sur les limites de la planète, sur les lois du développement écologique. Continuons les discussions sur les limites de la planète, sur les lois du développement écologique ! Continuons les discussions sur les fondements éthiques et juridiques ! »

CC : Vous avez écrit dans « Sauvons la Démocratie ! » que le développement durable soutenu au Sommet de Rio il y a vingt ans a contribué à une prise de conscience mondiale concernant les problèmes à venir, mais le résultat du sommet a été aussi et surtout un symbole de la capacité de s’y attaquer. Quelles sont les raisons pour lesquelles le développement durable n’est pas allé  plus loin ? Et quelles sont les stratégies pour que la transition vers les sociétés durables marche ?

PC : « Développement durable » est un concept de compromis et il faut le  replacer dans l’ambiance du milieu des années 1980, début des années 1990, quand les occidentaux, à l’époque, se mettaient à parler des limites de la croissance, du risque de création de l’équilibre de la biosphère. A l’époque on a créé un groupe d’intellectuels francophones d’Afrique, du Maghreb, de France, de Suisse et du Canada pour réfléchir à ces questions-là et on a été confronté à des réactions très vives disant : « C’est un luxe des riches ces discours environnementaux. Vous avez (disaient les représentants des pays en développement) votre machine à laver, vous avez votre voiture et vous mangez à votre faim. Très bien, mais nous, notre problème ce n’est pas l’avenir à long terme : c’est comment on mange ce soir ! » On a reçu un rapport élaboré mais, insister sur les limites de la croissance et toucher au droit de développement, c’était un tabou absolu à l’échelle même des Nations Unies. Et donc on a créé le développement durable comme on appelle ça en linguistique. On a mis ensemble deux termes contradictoires. En d’autres termes on s’est engagé dans la pensée magique. C’est-à-dire qu’en l’absence de capacité à se confronter aux contradictions dures on croit  les résoudre en fabriquant des mots. Et du coup il s’est passé ce qui devait se passer. Mais quand on regarde la réflexion il y a vingt ans au Sommet à Rio on voit que maintenant on ne peut pas nier une très sérieuse prise de conscience.

CC : De quelle manière ?

PC : Il y a, par exemple, une très forte prise de conscience du côté des enfants et des adolescents. Ceci dit, d’une certaine manière on cherche à résoudre le problème avec un outillage intellectuel et institutionnel hérité du passé. Objectivement on réunit quelques chiffres mais on n’est absolument pas à l’échelle de la mutation. A l’intérieur du système tel qu’il est on n’a pas l’impression de faire de son mieux, si vous voulez. Et c’est là où on a pris conscience que, pour dire une expression maintenant assez répandue, on était en face d’une grande transition que l’on ne conduirait pas en pensant la gouvernance en termes d’États souverains tels qu’ils ont été créés au XIXème siècle, mais en termes de démocratie. Regardez, avec la crise financière et économique en Europe, avec nos propres élections en France, certaines questions comme le développement durable ont subitement disparu au profit de l’emploi, au profit des questions comme l’immigration, ou autres, à la recherche des boucs émissaires…

CC : Dans « Sauvons la Démocratie ! » vous dites que l’un des problèmes pour une démocratie de l’avenir qui prend en compte l’écologie, c’est en fait l’économie. Vous dites, en effet, « l’économie n’est qu’une branche de la gouvernance… »

PC : La question de l’économie fait partie de la construction d’une conscience citoyenne. Il faut repenser le système économique en mettant la question de la distinction entre le travail humain, d’un côté, et le statut de ressources naturelles de l’autre. On parle de deux approches qui doivent être différentes, donc ça s’appelle la monnaie pluridimentionelle. Il faut construire le commerce international autour du durable et pas autour simplement de la liberté du commerce. Il faut arrêter de penser que le marché peut tout gérer. On ne construit pas ! Il faut redéfinir les régimes de gouvernance qui s’appliquent aux différents biens et services. L’économie est une société par le marché, une erreur subordonnée à une réflexion beaucoup plus générale qui est l’art d’une société de se gérer elle-même. Et, au contraire, je demande que l’économie au lieu d’être conçue comme une science en soit, puisse être vue pour ce qu’elle est, c’est une des forces de régulation de la société humaine. E à ce moment-là il faut analyser l’économie non pas à la une des prétendues lois scientifiques tombées de nulle part, ce sont purement des idéologies si vous voulez. Analysons-la sur ce qu’on a appris aujourd’hui avec l’histoire sur la gouvernance. Si l’on veut inventer l’économie il faut lui appliquer les principes généraux de la gouvernance.

CC : Vous parlez beaucoup du concept de la réciprocité qui est très lié au concept de la responsabilité. Mais comment peut-on faire rentrer ce concept dans un pays comme le Brésil où il y a des classes dominantes qui ne pensent pas que les autres sont comme eux ?

PC : Il faut d’abord faire une société. Si vous n’êtes pas dans une société vous niez l’existence de toute communauté. Et d’une certaine manière, si vous voulez, à l’intérieur même d’une classe sociale aussi dominante et aussi égoïste qu’elle soit, on peut faire observer que, dans leur sein, la réciprocité est de rigueur.