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Entretien

Indigné Mondial

por Gianni Carta publicado 01/01/2012 08h11, última modificação 01/01/2012 08h11
Stéphane Hessel, inspirateur du mouvement de réaction à la dictature des marchés, croit à un heureux final pour le Printemps Arabe
Stéphane Hessel

Stéphane Hessel, inspirateur du mouvement de réaction à la dictature des marchés, croit à un heureux final pour le Printemps Arabe. Foto: Joel Saget/AFP

Inspirés par le livre de Stéphane Hessel, des millions de jeunes manifestent contre le système économique mondial, le conflit israélo-palestinien et d'autres problèmes qui sévissent  à travers le monde. Indignez-vous! (Indigène, 32 pages, 3 euros), un «petit livre», comme l’appelle l’auteur, sert de manifeste aux indignados depuis Madrid juqu’aux pays du Maghreb. Publié en France le 20 Octobre 2010, date du 93ème anniversaire de Hessel, le travail a été traduit en plus de 35 langues, y compris le portugais (Indignai-Vos !, Leya Brasil, 48 pages, 9,90 reais). Jusqu'en Septembre ce livret de 30 pages a été vendu à plus de deux millions d'exemplaires en France et plus d'un million dans le monde entier.

«C’est une circonstance fortuite», dit Hessel. «Je me suis trouvé avec des amis résistants à un endroit où l’on proclamait la nécessité de préserver les valeurs de la résistance française et l’éditrice d’Indigène était présente. Nous avons parlé de la manière de répercuter ce que j’avais dit au cours de cette réunion à l’échelle d’un petit livre, c’est de là qu’est né «Indignez-vous! », ajoute Hessel.

Dans l’entretien téléphonique à CartaCapital, Hessel, homme calme, sans prétention, charismatique, a une grande crédibilité à être une voix dissidente en ces temps néolibéraux. Né à Berlin le 20 Octobre 1917 et naturalisé français en 1937, il s'exile à Londres avec le général Charles de Gaulle de 1941 à 1944, par opposition au régime de Vichy. Rentré en France pour une mission, Hessel est déporté à Buchenwald et parvient, grâce à la résistance du camp de concentration allemand, à échapper à la peine de mort en prenant une autre identité.

Son père, Franz Hessel, était un juif allemand converti au luthéranisme. Ecrivain et poète, il était capable de traduire Proust en allemand. Franz et sa femme, Helen Grund, correspondante à Paris du journal Frankfurter Zeitung ont été la source d'inspiration du roman Jules et Jim (1953), de Henri-Pierre Roché. François Truffaut a réalisé le film en 1962. Franz est l’amant allemand Jules. Jim est Henri-Pierre, l'amant français. Catherine, mariée à Jules, est Helen Grund. Jules et Jim sont amis. Jules rencontre Catherine, incarnée par Jeanne Moreau, à Paris ; il la présente à Jim. La guerre sépare les deux amis qui se retrouvent après l’armistice ; se forme alors le triangle amoureux qui allait marquer les années 1960 anticonformistes.

Hessel, diplômé en philosophie à Paris épouse Vitia Mirkine-Guetzévitch, jeune femme juive d'origine russe. En 1948, Hessel participe à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Lorsque François Mitterrand devient président en 1981, Hessel est élevé au rang d'Ambassadeur de France. Avant cela, le diplomate Hessel avait servi à Saigon, Alger, New York et Genève. En juin de l'année dernière (2010), après l'attaque d'Israël contre la flottille d'aide à Gaza, Hessel a demandé le boycott des produits israéliens. Puis il a rencontré Ismaël Haniyeh, dirigeant du Hamas, le parti politique armé qui ne reconnaît pas l'État d'Israël.

Hessel a également écrit Engagez-vous! (Avec Gilles Vanderpooten, Édtions de l'Aube, 2011, 112 pages, 7 euros) et le Chemin de l'Espérance (avec Edgar Morin, Fayard, 2011, 64 pages, 6 euros). Un quatrième livre, une nouvelle biographie de Hessel, va être publié : Tous comptes faits ... ou presque (Maren Sell, 200 pages, 18 euros). «J'ai dit ce qu'il y avait à dire », finalise Hessel du haut de ses 94 ans. Mais le militant politique a plus à dire ci-dessous :

CartaCapital: Il paraît que vous êtes toujours un peu surpris par le succès de vos livres, et en particulier avec « Indignez-Vous ! ».Stéphane

Hessel: Je suis surpris parce que « Indignez-Vous ! » est un livre que j’ai écrit en pensant à la France et aux problèmes de mon pays ; et, du jour au lendemain, il y a eu plus de 35 traductions de ce petit texte de 30 pages. Il y a eu beaucoup de mouvements d’indignation, les uns inspirés par mon livre, les autres pas. Mais ce qui est important c’est que les citoyens se mobilisent et réagissent aux problèmes de notre société internationale.

CC: Il y a des différences entre les indignados d’Espagne, de Grèce et de New York, n’est-ce pas ?

SH: De grandes différences ! En même temps, ils ont quelque chose en commun. C’est ça qui est intéressant. Dans chaque pays la situation n’est pas la même et c’est pour cela que les obstacles sont différents. Au Brésil, par exemple, il y a une belle démocratie. Le pays a eu un merveilleux chef d’Etat en la personne de Lula. Maintenant le Brésil a une très bonne présidente, Dilma Rousseff. Ce n’est pas la même chose en Espagne. De la même façon, en Grèce, il y a d’autres problèmes qu’en Tunisie et en Egypte.

CC: Vous dites: « Trouvez un motif d’indignation ! » dans  Indignez-vous! Au Brésil on parle beaucoup de corruption, un phénomène qui existe depuis longtemps dans beaucoup de pays. La différence est qu’au Brésil les média conservateurs veulent attaquer la corruption d’un gouvernement de gauche mais n’attaquent pas la corruption perpétrée par les gouvernements de droite précédents. Cela dit, au Brésil, il y a quand même des choses plus importantes comme les inégalités sociales, la réforme agraire…

SH: Je crois qu’il arrive que des citoyens soient démobilisés ou pas encouragés. Parfois ils ignorent la situation dans laquelle ils se trouvent. A ce moment-là il est bon de les réveiller en leur disant : « Regardez autour de vous et s’il y a quelque chose qui vous paraît inacceptable, et bien, il faut non seulement que vous vous indigniez mais il faut aussi vous engagez pour résoudre ces problèmes! ».

CC: Vous dites qu’il faut « changer de système économique ». Quel serait le système idéal?

SH: Nous avons besoin de moins d’oligarchies et davantage de démocraties. Nous vivons dans un système international où une petite élite tient les cordons de la bourse et décide de ce qu’il faut faire. Cependant la consultation du peuple n’est pas privilégiée. Cette consultation n’est pas toujours suffisante.

CC: Vous êtes favorable à l’adhésion de la Palestine à l’Onu…

SH: Oui, et je suis pour l’adhésion de tous les peuples à l’Onu parce que tous les peuples ont le droit à un État. Je soutiens de toutes mes forces l’idée que l’organisation des Nations Unies accueille, et elle doit accueillir, tous les pays démocratiques.

CC : Comment réagissez-vous aux critiques d’Israël concernant votre position sur la Palestine?

SH: Je pense que j’ai plus de considération pour Israël et pour son avenir que ceux qui me critiquent. Je crois que l’avenir d’Israël ne sera solidement sécurisé que lorsqu’à coté de l’État d’Israël il y aura un État Palestinien souverain, aux frontières internationalement reconnues. Seulement dans ce cadre pourra régner une vrai paix entre l’État d’Israël et l’État de la Palestine.

CC: Le fait que vous ayez été déporté vous donne plus d’autorité pour parler de la politique d’Israël ?

SH: Non, non. Rien ne me donne une autorité plus ou moins importante pour critiquer la politique israélienne. Mon attachement à Israël est le résultat de ceci : je suis heureux que cet État existe parce que j’ai connu le massacre effroyable des juifs durant la Deuxième Guerre Mondiale. Je suis heureux qu’Israël se comporte comme un État légitime et obéisse aux règles prônées par les Nations Unies, par le Conseil de Genève et par le Conseil de Sécurité. Donc je suis un ami d’Israël mais je suis un adversaire du gouvernement israélien actuel qui viole les droits internationaux.

CC : Comment voyez-vous l’avenir du Printemps Arabe ?

SH : Je pense qu’il faut que l’Islam, qui est une belle et grande religion, s’habitue à vivre dans les pays où la religion ne se confond pas avec la politique. C’est le cas actuellement en Turquie. C’est largement le cas au Maroc. Ce sera le cas je pense en Tunisie et en Egypte, et je souhaite que ce soit aussi bientôt le cas en Syrie lorsque Bachar al-Assad aura enfin compris qu’il doit quitter le gouvernement de ce pays.

CC : La victoire de partis islamiques dans ces pays ne vous gêne pas.

SH : C’est la question cruciale. C’est le problème de nos amis tunisiens, de nos amis marocains, de nos amis égyptiens. Ce sont des musulmans et je respecte leur religion comme toutes les autres. Mais ils ne sont pas forcément islamistes au sens extrémiste du terme. Les pays musulmans peuvent éviter tout extrémisme religieux.

CC : Croyez-vous que les Frères Musulmans en Egypte sont maintenant modérés, comme ils le disent, et ont accepté les règles démocratiques ?

SH : Oui, ils ont déjà fait des progrès dans ce sens. Ils ont sûrement encore des progrès à faire puisqu’ils ne peuvent gouverner seuls l’Egypte. Donc ils devront s’entendre avec d’autres partis. Les salafites sont dangereux puisqu’ils sont extrémistes. Le parti socialiste lui aussi a sa place en Egypte.

CC : Comment voyez-vous Barack Obama dans ce scénario mondial, et en particulier dans sa politique envers le Moyen-Orient pour la création d’un État Palestinien ?

SH : Je vous avoue que je suis déçu. Quand le président Obama a été élu nous avons eu confiance en sa capacité à surmonter les problèmes et notamment les problèmes de relations entre les États-Unis et l’Islam. Le discours qu’il a prononcé en juillet 2010 au Caire était très beau. Il a dit à plusieurs reprises qu’il fallait qu’il y ait un État Palestinien. Mais jusqu’ici il n’a pas résisté à la forte propagande du premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, et aussi des juifs qui supportent Israël aux États-Unis. Alors j’attends qu’il soit réélu et qu’il ait davantage de courage pour trouver des solutions afin qu’il y ait une relation de confiance entre les grandes cultures du monde. Il faut que les cultures chinoise, indienne, sud-américaine et celle de l’Islam soient en harmonie.

CC : Vous avez toujours été un résistant et toujours vous vous êtes dressé contre la violence.

SH : Le mot « résistance » signifie qu’on regarde autour de soi et, s’il y a quelque chose que l’on n’accepte pas, il faut s’engager pour éliminer l’obstacle. C’était le cas pendant la Deuxième Guerre Mondiale en France avec le gouvernement de Vichy. On ne l’acceptait pas et il fallait manifester, faire des accords, et même, dans ce cas-là,  résister militairement et de façon déterminée. Aujourd’hui il faut utiliser la non-violence et la détermination. Il ne faut pas accepter ce qui est contraire aux valeurs fondamentales de la démocratie.

CC : Charles De Gaulle a donné un exemple de résistance…

SH : De Gaulle était un vrai résistant. C'est-à-dire que l’armistice signé par le maréchal Pétain n’était pas acceptable pour un pays indépendant et fier. De Gaulle a rendu un énorme service à son pays car s’il n’avait pas été là au moment opportun pour brandir les drapeaux de la France aux cotés des alliés contre le fascisme et le nazisme, eh bien, la France aurait été désemparée. Il a sauvé le pays et je lui suis énormément reconnaissant. Mais je n’étais pas d’accord concernant la Constitution de la Cinquième République en France. L’élection au suffrage indirect du président De Gaulle en janvier 1959 nous cause des difficultés encore aujourd’hui.

CC : Comment était votre relation avec De Gaulle ?

SH : Il a eu la gentillesse de m’inviter déjeuner avec lui et sa femme quelques semaines après mon arrivée à Londres. J’ai rencontré un homme extrêmement courtois, très intelligent, s’exprimant admirablement. J’ai vu également quelqu’un qui était fidèle aux valeurs fondamentales de la République Française. Ce n’était pas un homme de droite, c’était un honorable démocrate. Et la preuve est que, lorsqu’il a perdu le référendum de 1969, il a quitté le pouvoir. Je respectais l’attitude démocratique mais il avait tout de même des positions avec lesquelles je n’étais pas d’accord.

CC : Croyez-vous que les indignés sont également contraints à agir parce qu’il y a un manque de femmes et d’hommes politiques capables de prendre des décisions ?

SH : Il ne faut pas exagérer le problème de trouver des femmes ou des hommes politiques qui seraient merveilleusement respectés par tout le monde. Je pense, en disant cela, à Lula, qui a mis le Brésil en valeur, et il faut s’en réjouir. Mais je trouve que la moyenne des personnes politiques n’est pas plus mauvaise aujourd’hui qu’avant. Cela dit, les européens ont besoin des personnalités charismatiques pour conduire l’Europe vers les réalisations nécessaires. Mais nous le trouverons dans les mois qui viennent.

CC : Croyez-vous à la fin de l’euro, peut-être même de l’Union Européenne ?

SH : L’Europe est dans une situation très difficile. Elle n’a pas réussi son unification comme elle aurait pu et dû. Elle n’a pas encore de vraie unité politique. C’est un moment d’autant plus difficile que les forces qui dominent l’Europe sont celles du marché financier. Ce sont les financiers qui empêchent les dirigeants européens d’aller aussi loin qu’il le faudrait pour construire une Europe unie dans sa politique autant que dans son économie. Mais ça viendra, j’en suis convaincu.

CC : N’êtes-vous pas un peu trop optimiste ?

SH : Je ne suis pas optimiste concernant la résolution de ces problèmes à court terme mais je suis optimiste à long terme et je le suis en raison de mon voyage. J’ai vécu plus de 93 ans et j’ai vu des situations qui paraissaient insolubles - comme le Stalinisme - être finalement résolues. Donc j’ai confiance : les citoyens du monde actuel seront capables de communiquer entre eux et ils vont trouver les solutions aux problèmes qui sont les nôtres.

 

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